INTRODUCTION

INTRODUCTION
Ce parcours est le développement de mon questionnement de sculpteur. La première approche concerne le paysage et l’architecture, cette frontière d’un paysage architecturé minéral ou d’une architecture prise dans son paysage.
Le propos était d’amener au regard, un monde conçu comme un paysage/architecture, un trou dans la réalité car sans référence avec l’existant, avec comme point d’ancrage l’imaginaire. Ce lieu était de permettre au regard du spectateur de voyager, de structurer l’espace par des éléments évoquant plus que disant un monde. Ces architectures paysages ont toujours été conçues comme des sculptures et en aucun cas comme des maquettes renvoyant à un autre devenir. L’équilibre était de trouver un agencement de volumes évoquant des éléments de paysages minéraux ou d’architectures en évacuant l’anecdote, la description, par des décalages, par un rapport de proportions entre les masses, d’empilements, d’interstices analogiques captant, construisant le regard. Ce jeu d’empreints au vocabulaire basique de l’architecture a progressivement évolué vers une interrogation sur la matière, les matériaux que nous utilisons pour bâtir notre monde.
Cela m’a conduit à ma seconde phase de développement. Particulièrement à l’analyse sur les rapports entre la forme et la matière, à cet antagonisme entre le fond et la forme qui m’a amené à me poser la question du geste créateur. C’est-à-dire qu’il m’est apparu que la réalisation d’une forme ne pouvait pas échapper à la construction du pré-formatage de la matière, au prêt à être consommé du matériau et donc à sa géométrisation industrielle. Cette géométrisation en éléments simples s’est imposée progressivement au cours de l’évolution des techniques dans le temps et de l’emprise de plus en plus grande de l’homme sur terre pour construire son monde. Ce conditionnement de la matière a probablement aussi abouti à conditionner notre mode de pensée, au point qu’il est très difficile de se défaire de ce conditionnement culturel.
 La main et le crayon vont naturellement vers des formes simples de la géométrie. Pour Florence de MÈREDIEU «C’est au sein de la tradition philosophique, que la matière est généralement considérée comme amorphe, aveugle. Illisible donc tant qu’une forme ne lui est pas adjointe pour, d’un coup, la rendre déchiffrable» . Cette lutte entre la matière et la forme dans la création artistique amène l’esprit à chercher dans l’art, selon HEGEL «c’est la présence du sensible, qui doit certes rester sensible, mais qui doit aussi être débarrassée de l’échafaudage de sa matérialité. L’oeuvre artistique tient ainsi le milieu entre le sensible immédiat et la pensée pure.» Pour KANT « Dans la peinture, la sculpture, dans tous les arts plastiques mêmes, l’architecture, l’art des jardins, en tant que beaux arts, l’essentiel, c’est le dessin ». Mais de quel dessin s’agit-il…. Construire un espace urbain, un lieu naturel , fragment de paysage, nous renvoie nécessairement à un répertoire formel qui se redit. Le monde n’est pas constitué seulement de fabrication humaine , les montagnes, les nuages, les forêts, les continents sont régis par des lois qui leurs sont propres. Pour Gottfried SEMPER «Chaque matériau possède d’après lui, ses propres lois et se caractérise par une vocation formelle qui le fait évoluer d’une manière déterminée.»
Ceci nous renvoie à la théorie du mathématicien Benoît MANDELBROT sur les fractales, qui lui s’est attaché aux formes naturelles échappant à la géométrie classique. C’est dans cette prise de conscience, d’une autre géométrie, que je me suis intéressé aux formes irrégulières et à faire évoluer mon travail vers des formes naturelles. Les notions d’aléatoire, de hasard m’ont permis de développer un travail, depuis une douzaine d’années, en utilisant les éléments linéaires des arbres. Ce travail a progressivement évolué vers une sculpture de l’espace par la ligne, par un contour, un dessin de et dans l’espace.

Dominique Lamandé